Les Seigneurs de Bagdad

We Are Four Lions

Scénariste : Brian K. Vaughan

Illustrateur : Niko Henrichon

Éditeur : Urban Comics

Genre : Drame animalier ; Documentaire vu par des yeux de lions

Nombre de pages : 136

Sortie : 2012

Synopsis

Bagdad, 2003 : quatre lions emprisonnés dans le zoo, sont libérés suite à un raid aérien de l’armée américaine. Un jeune mâle dominant, deux femelles de deux âges différents et un petit lionceau vont découvrir, en errant dans la ville dévastée, que cette liberté soudaine s’avère plus dangereuse que leur ancienne prison dorée.

Critique

Avec comme point de départ une vision à travers l’œil de l’animal, Brian K. Vaughan fait preuve d’une réelle originalité, d’un choix qu’on a finalement peu vu dans la BD, alors que les fables partant de cette approche sont légion. Le label « tiré d’une histoire vraie » fait toujours un peu peur, surtout quand ça joue sur le sentimentalisme du lecteur ou, encore plus, du spectateur, dans un pathos larmoyant et finalement très désagréable. Ici, rien de tout ça, effectivement, la seule réalité, c’est que quatre lions, en 2003 et suite à un bombardement, se sont enfuis d’un zoo puis ont été éliminés.

De ce fait, Vaughan, accompagné par l’illustrateur Niko Henrichon (qui a illustré les plus récentes BD de Noé, il reste dans le monde animalier), développe un propos plus convenu, sur la vision du conflit par ces lions, survivants d’un espace détruit, marchant sans but dans un zoo d’une autre espèce, et rencontrant d’autres rescapés, dans des relations plus ou moins cordiales. Jusqu’à ce qu’il rencontre la cause de cette fin du monde, l’animal prédateur entre tous, l’Homme. Au départ, désireux de sortir de cet espace cloisonné, Noor se rend vite compte que la liberté a ses difficultés contre laquelle la prévenait Safa, voix de la sagesse, habituée à ce confort. Le zoo détruit, la loi de la jungle reprend ses droits (avec quelques exceptions des alliances passées), dans une savane bien inhabituelle mais tellement plus dangereuse que leur environnement naturel. Ali, lui, vit un récit d’initiation, confronté au « vrai monde » pour la première fois, quand les plus anciens en ont une vision plus sombre et Noor plus nostalgique. Il apprend, pour la première fois, à devenir lion et à sortir du besoin de l’Homme. Les autres, eux, nuancent leur position quand ils retrouvent prise à la réalité.

Bagdad cassé

L’Homme, englué dans un conflit que ne peuvent comprendre les animaux. Eux chassent, se battent principalement pour leur survie (manger, ne pas être tué), et les voilà face à un animal dont ils ne comprennent pas le but. Cette absurdité de la guerre pour des raisons que l’Homme lui-même peine à comprendre, Vaughan l’exploite de manière peut-être trop simple, trop attendue. Reste un beau travail d’illustration, clair et précis, qui joue bien sur les couleurs, bien plus variées et vives avant le bombardement, plus uniformes après, et qui trouve son apothéose dans quelques magnifiques planches : errance post-apocalyptique dans la ville-fantôme, découverte du lion ailé, mort décomposée de Safa, et bien sûr le merveilleux coucher de soleil, preuve que la beauté a aussi atteint cet espace humain. « Après avoir vu ça, on peut mourir tranquille. »

Brian K. Vaughan n’atteint pas l’excellence de son plus récent Saga mais propose déjà un univers politisé et riche, malgré une situation initiale qui ne le promet pas. Sans atteindre des sommets de profondeur et en restant sans doute trop dans le convenu, Les Seigneurs de Bagdad ne parviendront peut-être pas à faire évoluer les consciences sur l’absurdité de l’Humain. C’est presque plus le travail de l’illustrateur qui apporte cette subtilité dans le propos qui manque, quelque part, à Vaughan.

Amoureux de la culture au sens large, je tente de pratiquer à la fois approfondissement et élargissement, sans que jamais ce ne soit sale. Né la même année que la chute de mur de Berlin (coïncidence ? pas sûr…), j’ai été bercé par Picsou Magazine, les Tortues Ninja, les Minikeums, Pokémon ou encore Final Fantasy VII. J’ai tendance à écrire et parler plus que nécessaire, je vais donc me contenter d’ajouter que je suis aussi professeur des écoles.
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