Hit Z Road

Highway to Hell

Auteur : Martin Wallace

Illustrations : Cari, Jean-Baptiste Casasola, Miguel Coimbra, Emile Denis, Cyril Nouvel, Olly, Pascal Quidault

Éditeur : Space Cowboys

Nombre de joueurs : 1 à 4

Genre : Stop ou encore chez les zombies ; Enchères post-apo

Sortie : Juillet 2016

Description

Il y a quelques mois, papa nous a jetés dans la voiture en pleine nuit. On a traversé les Etats-Unis et en chemin, nous avons fait de nombreuses rencontres, étonnantes et souvent dangereuses. Cette aventure, j’en ai fait un jeu.

HIT THE ROAD !

Fuyez l’invasion zombie en partant vers la côte ouest des USA avec vos cinq personnages.

A chaque tour, plusieurs chemins se présentent. Il faudra gérer vos maigres ressources (munitions, adrénaline et essence) pour affronter les dangers qui vous attendent.

Le joueur ayant accumulé le plus d’expérience au terme de ce périple l’emporte… A condition d’être arrivé vivant !

Critique

Martin Wallace est bien connu des amateurs de jeux de société. Il fait partie de ces noms que l’on retient quand on s’intéresse aux auteurs ludiques. Cette reconnaissance, il l’avait principalement auprès des joueurs aimant se triturer les neurones et faire des connexions en se torturant la matière grise. Même s’il avait déjà réalisé quelques titres assez accessibles (les deux dans l’univers du Disque-Monde, par exemple), on le retient surtout pour des perles comme BrassAge of SteamLiberté ou encore A Few Acres of Snow, autant de jeux bien plus complexes à assimiler et à maîtriser. Cette opacité tient certes des mécaniques et de leurs imbrications, mais aussi de la compréhension de la règle, point noir de bien des jeux de Wallace (au moins en français). Multiples versions, FAQs, erratas, autant d’éléments qui devront être parcourus par les joueurs avant de commencer une partie et qui constituent un obstacle à un public aujourd’hui habitué à des règles simples, dont la présentation claire et le travail réalisé sur leur écriture permettent une compréhension plus aisée, même pour les jeux les plus costauds.

Et voilà qu’en 2016, deux titres signés Martin Wallace débarquent, édités par les Space Cowboys (SplendorT.I.M.E Stories…) et faisant entorse aux habitudes et préjugés qu’on peut avoir sur le britannique. En début d’année c’est Via Nebula, un jeu de connexions comme les aime Wallace, mais destiné à un public plus large, sans doute en partie grâce au travail d’édition réalisé par les Yvelinois. Et en milieu d’année, c’est Hit Z Road qui déboule à toute vitesse dans nos salons, à bord de son van crado pour nous embarquer sur les routes américaines (le titre du jeu a longtemps été Route 666). S’il est question de connexion, il s’agit plutôt de celle entre un point de départ et son arrivée, d’un élément thématique et non plus de game design. Et contrairement à Tokaido (Antoine Bauza), votre voyage sera tout sauf tranquille.

Quelques cartes du jeu.

Z’ont bons les zombies ?

L’apocalypse s’est bel et bien présentée, avec son lot de zombies et infectés, mais aussi de survivants parfois encore moins recommandables. Mus par le désir d’un ailleurs meilleur, votre groupe d’épargnés prend la route et va vivre ce qui risque d’être sa dernière aventure. Mais vous n’êtes pas le seul à avoir entendu parler de cet espace préservé, et d’autres bandes au moins aussi hétéroclites que la vôtre croiseront votre chemin, sur la voie des damnés. Aucun doute, toutes ne finiront pas leur voyage, la survie ne sera accordée qu’aux plus chanceuseset la chance, ça se travaille par une bonne gestion de cette microsociété. Parmi les groupes arrivés à leur destination finale, les plus méritants  sortiront vainqueurs et, si futur il y a, ils y seront sûrement mieux placés.

Vous le constatez en lisant ces lignes, Hit Z Road est un jeu qui va vous raconter l’histoire de votre périple post-apocalyptique. Pour tracer votre route, vous aurez, chaque nouvelle journée, le choix entre plusieurs voies, plus ou moins périlleuses. Les plus dangereuses seront aussi celles qui vous rapporteront le plus : expérience (points de victoire uniquement comptabilisés si vous arrivez à survivre), ressources ou rencontres de survivants seront vos maigres butins. Mais parfois, il vaudra mieux passer par un chemin certes moins fructueux, mais qui vous évitera les terribles rencontres avec vos amis zombies. Les vaincre est loin d’être impossible, et vous vous rendrez compte que perdre des survivants, malgré la tristesse que cela vous apporte, est loin d’être éliminatoire. Vous allez d’abord essayer de les avoir à distance avec votre pétoire. Le souci, c’est qu’elle n’a pas une infinité de munitions, à vous de choisir combien vous allez en utiliser, et combien en conserver pour une utilisation future. Si vous n’avez pas été chanceux ou que vous êtes trop maladroit, vous avez encore l’occasion de forcer un peu votre vieux van pour vous enfuir… mais là encore, ce sera dépenser de l’essence qui pourrait vous servir plus tard de manière plus pertinente. Enfin vous pouvez continuer le combat au corps à corps, essayer quitte à flipper un bon coup d’arracher les quelques viscères qui pendent de ces ventres décharnés, mais plus vous avez de personnes dans votre groupe, plus les zombies ont de chance d’en choper un au passage. Sans rentrer dans les détails (lisez les règles), toute cette phase de combat se déroule à l’aide de dés et des jetons ressources (balles, essence, adrénaline) que vous devrez souvent défausser pour gagner.

Certains joueurs ont customisé leur matériel, collant ainsi à l’esprit Do It Yourself qui caractérise la boîte. Ici, les jetons de @vmazuka, qu’on remercie pour ses photos.

Car j’étais sur la route, toute la sainte journée…

Revenons à nos cadavrons, vaincre une bande de zombies est donc tout à fait accessible, vous n’êtes pas face à des expendables morts-vivants. Mais cela vous coûtera, et sur le long terme, c’est une mort violente qui vous attend si vous optez à chaque fois pour l’affrontement. Hit Z Road développera chez vous une forme de compassion pour ces êtres qui, après tout, ont été humains, et dans un élan d’empathie (ou parce que vous avez la trouille et que vous êtes radins), plus d’une fois vous les laisserez sur un chemin parallèle, vous-même vous promenant à travers champs dévastés et forêts brûlées, mais sans danger. Pour accéder à ce luxe du choix, il va par contre falloir payer. Car là où une bande de rôdeurs a déjà circulé, « VOUS. NE PASSEREZ. PAS. ». Pour leur couper l’herbe calcinée sous le pied, vous allez devoir cramer un max de carburant, balancer ces cartouches qui vous ralentissent par leur poids, ou rouler à toute blinde quitte à finir les cheveux blancs. Cela se traduit dans le jeu par une phase d’enchères dans laquelle vous misez vos ressources pour vous octroyer une place et déterminer l’ordre du tour, et donc le potentiel de choix qui vous sera offert parmi les routes possibles. Si vous pouvez jouer à Hit Z Road à l’arrache, il y a donc une potentielle composante de gestion que vous devrez prendre en compte si vraiment vous voulez gagner la partie sans vous reposer uniquement sur la (mal)chance.

Le plaisir que vous prendrez à Hit Z Road dépendra en partie des joueurs autour de votre table. S’il y a un peu de gestion à prendre en compte, on est loin des jeux les plus exigeants et calculatoires du même auteur. Une table composée à la fois de joueurs qui vont prendre le titre comme un jeu d’ambiance et d’autres qui vont opter pour la partie plus réfléchie risque de frustrer les deux partis. Il y a bien sûr une part de hasard non négligeable et inhérente à l’orientation choisie pour les combats. Cet aspect pourra agacer et parfois donner l’impression de ruiner tous vos efforts (même si vous limitez l’aléatoire par cette gestion), mais permettra de donner vie à la partie et de la rendre unique. Des exploits, des survies héroïques, des retournements de situation improbables, voilà autant d’événements qui peuvent animer Hit Z Road et donner un souvenir au joueur. Cet aspect narratif est renforcé à la fois par des formes d’arcs à moyen terme, avec des jetons qui auront une influence plus tard sur la partie (vous avez bu telle boisson, vous le regretterez peut-être plus tard, ou au contraire ça vous donnera un avantage), mais aussi par les choix visuels opérés par les Space Cowboys, à commencer par la magnifique boîte illustrée par Pascal Quidault. Elle détonne par rapport au reste de la production ludique, raconte déjà quelque chose, fait sourire, c’est tout simplement l’une des directions artistiques qui m’a le plus scotché ces dernières années. Si vous êtes prêts à renoncer à pas mal de contrôle et à vous investir narrativement dans ce parcours périlleux et parsemé d’embûches à moitié mortes, c’est tout simplement l’une des propositions les plus plaisantes de cette année 2016.

Amoureux de la culture au sens large, je tente de pratiquer à la fois approfondissement et élargissement, sans que jamais ce ne soit sale. Né la même année que la chute de mur de Berlin (coïncidence ? pas sûr…), j’ai été bercé par Picsou Magazine, les Tortues Ninja, les Minikeums, Pokémon ou encore Final Fantasy VII. J’ai tendance à écrire et parler plus que nécessaire, je vais donc me contenter d’ajouter que je suis aussi professeur des écoles.

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