Le film de la semaine (FDS), c’est un métrage, long, court ou moyen dont je vous conseille le visionnage en vous disant pourquoi. Contrairement à l’album de la semaine et sauf exception, vous ne pourrez le consulter sur cette page et devrez vous débrouiller autrement pour le (re)découvrir. Je laisse la recommandation du lundi au dimanche avant d’archiver le tout sur une liste SensCritique pour les retardataires.

Voir aussi : l’album de la semaine.

Cette semaine, ou en tout cas il y a peu, on a appris que cet été allait ressortir sur grand écran un des plus grands films coréens jamais réalisés. On a aussi appris que la dernière création de son réalisateur allait être en compétition au festival de Cannes. Ce dernier, c’est Bong Joon-ho, le film à Cannes, ce sera Okja, et celui dont je vais vous parler aujourd’hui, c’est bien sûr Memories of Murder (살인의 추억 / Salinui chueok).

Pour faire court, c’est un film policier basé sur une histoire vraie assez sordide de meurtres et viols en série dans la Corée du Sud entre 1986 et 1991, pour un résultat n’ayant permis aucune inculpation. Joyeux, hein ? Je vous parlais la semaine dernière de L’arme fatale, et bien figurez-vous que contre toute attente, il y a un lien entre ces deux films à l’ambiance radicalement différente. Ce qui les réunit, c’est l’aspect buddy movie, qui réunit deux policiers que rien ne prédestinait à travailler ensemble. Après son premier long-métrage Barking Dog, le réalisateur coréen passe l’épreuve de deuxième film avec un brio récompensé par une réception critique élogieuse et une oeuvre qui a passé l’épreuve du temps.

L’aspect film policier, avec son rythme, son intrigue, fonctionne très bien et Bong Joon-ho montre qu’il en maîtrise les codes à la perfection. Mais Memories of Murder est un grand film parce qu’il dépasse ce simple statut. L’ambiance poisseuse, pluvieuse, qui habite sans cesse le métrage lui confère un cachet singulier, qui entre à la fois en résonance avec le déroulement du scénario, celui de l’enquête, et la noirceur des événements réels. La maîtrise de la narration par la mise en scène, la virtuosité du réalisateur à la caméra, notamment pour l’exposition des scènes de crime, détache le film de la mer de films policiers aux gimmicks vus et revus. MoM maîtrise ses codes, mais joue avec sans cesse, entre en relation avec le spectateur pour dialoguer sur le cinéma.

Il n’oublie pas, par moments, d’être drôle sans que cela ne dénote jamais avec le ton assurément sombre de l’ensemble. Il met aussi en avant la confrontation entre les deux policiers, et à travers eux entre deux mondes souvent jugés comme irréconciliables, l’urbain et le rural.

Un indispensable, où Bong Joon-ho montre qu’il est à la fois metteur en scène et directeur d’acteurs. Un film magistral, qui me rappelle que c’est, finalement, le seul que j’ai vu du sud-coréen, peut-être par peur d’être déçu après un tel chef d’oeuvre.